Катарът 2022 е вече утре

Au-delà de ses investissements dans nombre de clubs européens, le futur pays hôte bâtit sur son territoire un projet footballistique sans précédent. Après s’être adjugé la Coupe d’Asie au mois de janvier dernier, les Al-Annabi peuvent-ils rêver plus grand ?

En 2015, le Qatar échouait en phase finale de la Coupe d’Asie. Sous la houlette du sélectionneur algérien Djamel Belmadi, l’aventure s’était achevée avec trois défaites en trois matchs. L’humiliation est totale et l’avenir du football qatari interroge. En 2019, le résultat est tout autre. Le Qatar gagne ses sept matchs, inscrivent dix-neuf buts et n’en encaissent qu’un seul. Les hommes de Félix Sánchez Bas sont champions et la planète football s’étonne : comment ont-ils réalisé un tel comeback ?

L’Aspire Academy, clé de voûte de la réussite qatarie

L’Aspire Academy, capitale du football à Doha et symbole de l’ambition gargantuesque du Qatar (Crédit photo : arunfoot.com)

Nous sommes en 2005 dans la banlieue de Doha quand le Cheikh Al Thani inaugure l’Aspire Academy, 250 hectares d’équipements sportifs dernier cri. Avec des dizaines de terrains arrosés en permanence, des dortoirs climatisés et des piscines luxueuses, le projet est clair : aujourd’hui l’investissement, demain les résultats. Le football qatari est ambitieux et il va se donner les moyens de réussir. Très vite, un réseau de détection est mis en place en Afrique de l’Ouest, notamment au Mali et au Sénégal, afin de repérer de jeunes joueurs prometteurs. Ces derniers sont alors rapatriés rapidement à l’Aspire Academy, où ils sont logés, nourris, blanchis et naturalisés dans la foulée.

Doha applique alors une politique très similaire à celle mis en place dans le monde du handball, où les sélections du Qatar représentent un condensé très exotique. Cette volonté s’explique par le nombre d’habitants dans le pays, environ 3 millions en 2018, pour seulement 400 000 citoyens qatari. La naturalisation est longtemps apparue comme la seule voie possible pour s’imposer sur la scène mondiale du football. Malheureusement, en 2008, la FIFA s’intéresse de près à cette nouvelle pratique et a rendu impossible tout processus de naturalisation sportive, ou presque. Dorénavant pour porter les couleurs des Al-Annabi, il faut être né sur le territoire qatari ou y avoir habité cinq ans avant sa majorité. Pour Doha, c’est le moment de changer de cap.

Depuis 2008, on a revu sa façon de penser à l’Aspire et le mot d’ordre est désormais la patience. Il faut d’abord construire pour réussir. Dix ans plus tard, la stratégie paie et presque la totalité des joueurs présents à la Coupe d’Asie sont des anciens résidents de l’Aspire. Akram Afif est considéré comme le leader de cette génération et à seulement vingt-deux ans, il compte déjà 45 sélections et 12 buts. Lors de la Coupe d’Asie, le nom d’Almoez Ali est aussi remarqué. Meilleur buteur et surtout meilleur joueur du tournoi, ce natif de Khartoum au Soudan présente toutes les caractéristiques du projet qatari. À l’âge de sept ans, il est repéré par les réseaux de détection de Doha et déménage à l’Aspire. Il est ensuite prêté en Belgique avant de signer pro en Autriche, toujours des structures appartenant à des fonds de pension de l’Émir. Il a depuis été rapatrié à Al-Duhail et à seulement vingt-deux ans, il a déjà remporté tous les trophées majeurs de son pays adoptif. Il est depuis le mois de juin annoncé dans plusieurs clubs des cinq grands championnats européens.

Investir en Europe pour grandir davantage

Le développement de ce nouveau football dépasse les frontières de la péninsule du Golfe et Al-Thani fait les yeux doux à l’Europe. Alors que Málaga et le PSG sont passés sous pavillon qatari respectivement en 2010 et 2011, d’autres clubs plus modestes, et moins médiatisés, ont été rachetés par le Cheikh. C’est notamment le cas d’Eupen, pensionnaire de D1 belge ou de LASK, récent vainqueur du championnat autrichien. Parce que le championnat qatari est limité en matière de jeu et d’intensité, il faut envoyer ses jeunes pousses grandir en Europe. L’émir accepte alors de financer la modernisation des structures du club et s’assure que les comptes soient stables. Et le club satellite en question accepte des joueurs qataris en prêt.

Et rien n’est jamais trop beau pour la famille Al Thani. Depuis quelques temps, chaque joueur du championnat qatari est équipé d’un traceur GPS en match et en entraînement. VMA, rythme cardiaque ou distance parcourue, chaque information est récoltée et centralisée à Aspire avant d’être traitée et analysée. L’entraîneur est en relation permanente avec les équipes techniques et peut adapter sa stratégie en fonction de la forme et des atouts de ses joueurs ou des faiblesses de son adversaire.

« Ce qu’ils font ici, c’est unique. On a une banque de données propre au Qatar où les statistiques des entraînements et des matchs de tous les joueurs qataris des clubs professionnels sont envoyés à Aspire Academy. Comme ça, le staff d’Aspire peut savoir exactement ce que font leurs joueurs à l’entraînement avec leur club. Tous les entraînements et les matchs sont également filmés avec plusieurs caméras dans le même but de servir au mieux les intérêts de l’équipe nationale. »

Nabil Haiz, analyste de données pour le club qatari d’Al Duhail et Aspire.

Akram Afif, meilleur passeur de la Coupe d’Asie 2019, est l’une des étoiles montantes de la séléction qatari (Crédit photo : eagle.co)

Akram Afif est devenu à vingt ans le premier joueur du Qatar a joué dans l’un des cinq grands championnats. Si le joueur n’a encore que trop peu joué sous les couleurs jaunes et noires de Villarreal, il s’éclate en prêt à Al Sadd, où il affiche des statistiques affolantes (24 buts en 29 matchs). Tous les joueurs qataris ne sont pas tous visibles en équipe première cependant. En effet, les pensionnaires du championnat qatarien sont encore cantonnés aux équipes jeunes des clubs où ils sont prêtés et ne disposent que de peu de temps de jeu avec le groupe professionnel. Le football qatari se développe doucement mais sûrement et ne demande qu’à éclater à la face du monde.

Mondial 2022, « sa » coupe du monde

Le 2 décembre 2010, c’est toute la famille Al-Thani et leurs proches qui exultent : c’est officiel, le Qatar organisera le mondial 2022 dans douze ans. Depuis, on a fait de la route à Doha. L’émir a racheté le Paris Saint-Germain, a créé sa propre chaîne de diffusion de sport (bein SPORTS) et a organisé plusieurs évènements sportifs majeurs. Mondiaux de handball en 2015, de cyclisme en 2016 et d’athlétisme en 2019 pour ne citer qu’eux. Une seule motivation dans cette révolution : la Coupe du Monde de football 2022. Pour sa première participation dans la reine des compétitions, le Qatar veut briller et rêve même d’aller au bout.

Si l’ambiance était euphorique en janvier, la récente désillusion en Copa America est venue ajouter quelques nuages à l’horizon qatari. Difficile aujourd’hui de mesurer l’impact de cet échec sur la préparation des joueurs, mais le Qatar devrait garder la même ligne de conduite. Elle est simple : arriver en 2022 avec des joueurs expérimentés et au meilleur de leur forme, entre 25 et 30 ans, galvanisés par l’actuelle génération U19. Un constat que partage Afif, devenu un élément-clé du Qatar : « Il y a cette nouvelle génération qui s’est qualifiée pour le Mondial U20 en Pologne, et puis la nôtre, on peut mêler les deux. Ce sont les meilleures générations possibles pour 2022 ".

Neymar, en compagnie de son père Neymar Sr. (à droite), devenant ambassadeur de la banque qatarie QNB (Crédit photo : Le Parisien)

Si des moyens colossaux sont mis dans les infrastructures footballistiques, Doha n’en oublie pas pour autant la communication, autre pilier centrale de « sa » Coupe du Monde. Si le Paris Saint-Germain, étendard assumé de la famille Al-Thani, connaît une réussite certaine au niveau national, il peine cependant à passer un cap sur la scène européenne. Toutefois, le Qatar s’est récemment offert de belles victoires. En décembre dernier, Neymar cédait ses droits d’image à la Qatar National Bank (QNB), sponsor principal du PSG et du Mondial 2022. Suivi par plus de 200 millions de personnes sur ses différents réseaux sociaux, l’international brésilien fait une vitrine de choix pour les intérêts qataris.

D’un point de vue sportif, la progression qatarie est nette. Après s’être vu attribuer le Mondial et après avoir remporté contre toute attente la Coupe d’Asie en janvier dernier, la question est de savoir à quel prix va se dérouler cet évènement mondial. Alors que 209 sélections nationales s’avancent sur le terrain des éliminatoires de la Coupe du Monde, le Qatar est ébranlé par les polémiques. Soupçons de fraude électorale, tensions géopolitiques ou morts en série dans ses chantiers, le soft-power qatari a pris du plomb dans l’aile depuis quelques mois et les réussites footballistiques semblent peser bien léger.

Source: weeplay.media

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